Cinéma, enseignement et bibliothèque : entretien croisé avec deux professeurs

La Bibliothèque encourage et soutient les professeurs, les chercheurs et les étudiants qui utilisent le cinéma dans leur travail, en tant qu’objet d’analyse ou simple médium. Elle leur met à disposition une collection riche de plus de 3500 DVD, des outils de diffusion et de partage comme le site communautaire VIMEO et les invite à effectuer des propositions d’achat. Riccardo Bocco, professeur d’anthropologie et sociologie, ainsi que Davide Rodogno, professeur d’histoire internationale, témoignent.

Quelle place ont les films dans votre enseignement ?

R. B. Le cinéma est au cœur d’un projet de recherche que je mène sur la (re)construction de la mémoire collective à travers les films de réalisateurs issus de pays en situation de conflit et post-conflit. Il est pour moi à la fois un sujet d’étude et un vecteur qui permet d’approcher des questions liées à une thématique de façon vivante.

D. R. Les films nous éclairent en effet sur la réalité différemment d’un livre ou d’un article. Les fictions suscitent notre imaginaire. Quant aux documentaires, ce sont des sources dotées d’une vérité scientifique.

Faites-vous une distinction entre documentaires et fictions quant à leur valeur pédagogique ?

R. B. Pas véritablement. Documentaires et fictions demeurent des constructions soumises à la subjectivité d’un auteur. Tous deux jouent sur l’émotion du spectateur. Même si l’effet du réel paraît plus grand dans le documentaire, la fiction facilite l’empathie et l’identification au personnage.

D. R. L’un et l’autre possèdent, selon moi, une qualité pédagogique non négligeable.

Serait-il plus aisé d’apprendre en visionnant un film qu’en lisant un livre ?

D. R. Pas forcément, les deux fonctionnent de manière complémentaire.

R. B. Une image peut compléter un texte en suscitant une émotion autre. Par exemple, un témoignage écrit en justice transitionnelle gagnera une dimension supplémentaire si l’étudiant peut découvrir à l’écran le visage, le regard, les gestes ou la voix de la victime, de son bourreau.

Quelle relation entretenez-vous avec la Bibliothèque ?

D. R. Excellente ! Sans elle je ne pourrais pas travailler, ni faire travailler mes étudiants.

R. B. Exactement. Elle est essentielle quant à la sélection, la mise à disposition, l’accessibilité des ressources documentaires et matérielles.

Un film que vous recommanderiez à vos étudiants ?

R. B. Cela dépend de leur sujet d’étude. Le film Harragas de Merzak Allouache sur la jeunesse algérienne avide de partir est à découvrir, de même que les documentaires de Daniel Schweizer sur la finance internationale – Dirty gold war et Trading paradise. En science politique et droit international, je peux citer Mon voisin, mon tueur d’Anne Aghion sur le génocide rwandais et Duch, le maître des forges de l’enfer de Rithy Panh, sur le procès du dirigeant khmer.

D. R. Il y en a tellement, qu’ils soient politiques ou de science-fiction. Des documentaires sur les conflits, des biopics. Je leur conseille même la série Columbo : sa trame inversée qui part de la révélation du meurtrier au cheminement qui saura le condamner rappelle la manière de travailler d’un historien.


A lire aussi : Cinéma, enseignement et bibliothèque, posté le 4.03.2019

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